Même mort, Pat Finucane dérange toujours
Suite de l’article d’hier, consacré à la mémoire de Pat Finucane.

L’UFF, couverture de l’Ulster Defence Association (UDA), organisation paramilitaire alors légale (et oui, le Royaume-Uni tolérait certains terroristes), allait revendiquer l’assassinat de l’officier de l’IRA Patrick Finucane. Aucune preuve de l’appartenance de ce dernier à l’organisation paramilitaire ne serait jamais apportée. Mais l’avocat était issu d’une famille nationaliste, frère de Volontaires : cela faisait donc de lui un homme de l’IRA aux yeux des loyalistes et du sous-ministre anglais Douglas Hogg. Des rapports publiés par Amnesty International, le Lawyer’s Committee for Human Rights (basé à New York) et Liberty (basé à Londres) citeraient par la suite les déclarations d’anciens prisonniers, clients de Finucane, qui s’entendirent dire par les policiers lors de leurs interrogatoires : “votre avocat est un Provo qu’on aura tôt ou tard.”
Quelques années plus tard, au cours du procès d’un agent de la Couronne, il fut révélé qu’un espion du MI5, Brian Nelson, fournissait à l’UDA des renseignements sur des cibles potentielles, dont Pat Finucane. C’était d’autant plus crédible qu’en août 1989, l’UFF faisait circuler une documentation estampillée des services secrets pour démontrer que le meurtre de Louhglin Maginn visait bien un volontaire de l’IRA. Ces faits furent prouvés par une émission de la BBC, Panorama, en 2002. Brian Nelson participa plus directement à l’organisation d’autres meurtres, et fut condamné à dix ans de réclusion criminelle en 1995. En 2003, il devait mourir d’un cancer au Canada, n’ayant purgé qu’une partie de sa peine.
En 1998, l’envoyé spécial de l’ONU, Param Cumaraswamy accusa la RUC d’intimidation systématique des avocats de la défense, et exigea la réouverture de l’enquête, que le gouvernement refusa, malgré les avancées du processus de paix. Il fallut la confession à la BBC d’un membre de l’UDA en 1999 pour relancer les investigations, qui furent confiées à John Stevens, un spécialiste du genre. Elles aboutirent à William Stobie, un paramilitaire qui avoua à un journaliste avoir reçu l’ordre de fournir l’arme du meurtre de Pat Finucane. En 2001, ce journaliste ayant refusé de témoigner pour “raisons de santé”, le procès échoua faute de preuves. Stobie fut assassiné par les loyalistes à sa sortie de prison, pour avoir collaboré avec la police.
En 2002, une enquête de l’émission Panorama de la BBC sur la sale guerre des forces de sécurité britanniques affirmait qu’un officier de la Special Branch de la RUC, dont l’anonymat fut préservé, était impliqué dans le meurtre de Pat Finucane. Ce gradé de la RUC, qui servirait toujours dans le Police Service of Northern Ireland, avait persuadé le commandement loyaliste de perpétrer l’exécution. Le scandale qui couviat contraignait alors Tony Blair à confier à Peter Cory, un juge Canadien à la retraite, une nouvelle enquête. Cette fois-ci sur six meurtres commis par les paramilitaires loyalist que les forces de sécurité sont suspectées d’avoir assisté. L’assassinat de l’avocat en faisait partie.
Quant à lui, le rapport Stevens était enfin publié en 2003 après de nombreux reports exaspérant la famille. Il mentionnait la conviction de son auteur que le projet d’assassiner l’avocat était connu du commandement de la RUC et aurait pu être évité. La famille Finucane réitirait sa demande d’une enquête réellement indépendante et publique. Peu après, Ken Barrett, un loyaliste qui avait nié toute implication en 1989, était arrêté et allait plaider coupable du meurtre de Pat Finucane à son procès en septembre 2004. L’exécutant était puni, mais les commanditaires restaient protégés. Le juge Cory aboutissait à la même conclusion que le Stevens : le complot visant l’avocat était connu de la RUC et de l’armée, et aurait pu être évité. Cory réclamait également une enquête publique. Accordée après le procès de Barrett, elle s’enlisait sans surprise, les éléments sensibles n’étant pas divulgués sur ordre de Downing Street.
Les basses oeuvres de l’Etat britannique doivent être bien terribles, si Tony Blair argue du secret défense pour les maintenir secrètes, alors que l’IRA a déposé les armes définitivement. Le gouvernement irlandais, pourtant allié fidèle de Blair, ne cesse de réclamer que cette fameuse enquête soit réellement indépendante et publique. Mais rien n’y fait. Les enquêtes sont nombreuses. Leurs conclusions se rejoignent. Mais la justice n’est toujours pas faite. La situation régresse même, depuis la libération anticipée de Ken Barrett en mai 2006, ayant accompli trois années seulement d’une peine dont le minimum était pourtant de vingt-deux ans ! La détermination de la famille Finucane empêche l’enterrement de l’enquête, et rend l’avocat martyr aussi gênant mort que vif pour les secteurs du pouvoir britanniques qui veulent d’affranchir des lois pour mener leur politique.
Il est enfin assez étonnant que le cas de Pat Finucane n’intéresse guère les défenseurs des droits de l’homme en France, alors même que l’assassinat de l’avocat est une cause bien connue dans le monde irlandais et anglo-saxon. Le Monde, par exemple, ne consacrait au meurtre que quatre-vingt-onze mots en 1989. Comme Martin O’Hagan, journaliste, et Rosemary Nelson, avocate, l’exécution suspecte de Finucane dans une démocratie européenne devrait susciter l’indignation partout dans le continent. Il n’en est rien cependant. Une partie de l’Europe absout par son silence les crimes commis par les loyalistes et le gouvernement britannique contre des avocats, des journalistes et autres innocents.
Pour en savoir plus, le site internet du Pat Finucane Centre.

[...] [… à suivre] [...]
In Memoriam Pat Finucane « Life in Paradise a dit ceci le 17 février 2007 à 1:13 |
[...] des années 1990. Tout le monde a également en tête les graves mises en cause suscitées par les enquêtes sur l’assassinat de Pat Finucane. Réagissant au tonitruant rapport du Médiateur, Tony Blair [...]
Les fantômes du passé risquent de hanter le Nord de l'Irlande encore longtemps « Life in Paradise a dit ceci le 15 mars 2007 à 10:49 |