Le jongleur indien
Aujourd’hui, l’Inde fête le soixantième anniversaire de son indépendance. Une lien ténu relie cet événement historique au Celtic : Mohammed Salim qui fut le premier Indien à jouer pour un club professionnel européen. A une époque où l’Empire Britannique se pensait triomphant, le club des immigrés irlandais brisait un tabou et accueillait l’Indien aux pieds bandés pour une partie de la saison 1936-1937, un peu plus d’un an avant l’Exposition de l’Empire qui se tint à Glasgow. Au contraire du cricket, le football ne s’était développé que tardivement dans le sous-continent indien, et connut un certain essor dans les années 1930 sous l’impulsion des nationalistes indiens, qui voulaient démontrer qu’ils pouvaient, pieds nus, prendre le meilleur sur les colons chaussés adéquatements. Mohammed Salim était l’un des meilleurs joueurs de cette génération, au sein de la principale formation de sa ville natale, le Calcutta Mohammedan Sporting Club, avec lequel il remportait d’affilée cinq titres du championnat régional.
Rien ne prédisposait Salim à tenter l’aventure dans la métropole britannique, si ce n’étaient les capacités de persuasion de son cousin Hasheem. Ce dernier était installé en Angleterre et avait été impressionné par les prouesses de son parent dans un match amical opposant une sélection de Calcutta à l’équipe olympique chinoise. Sachant que ce sport était professionnel en Grande-Bretagne, Hasheem parvint à convaincre Salim de s’embarquer avec lui à bord du City of Cairo pour rallier l’Angleterre. Après quelques jours passés à Londres, on ne sait pourquoi le duo rejoignit Glasgow pour prendre contact avec l’homme qui a fait le Celtic, Willie Maley. La renommée de la Grand Old Team y a sans doute contribué, et peut-être les origines de ce club créé pour l’intégration d’une population immigrée. Toujours est-il qu’Hasheem aborda avec culot le grand homme, et lui proposa de prendre à l’essai ce joueur aux pieds nus. Le test devant un millier de Tims et quelques entraîneurs fut concluant, et Salim se retrouva aligné pour une première rencontre face à Hamilton, puis une deuxième contre Galston. L’ailier éblouit les observateurs de son talent qui contribua grandement aux larges victoires des Hoops, par 5 buts à 1 puis 7 buts à 1.
Le 29 août 1936, le Scottish Daily Express s’enthousiasmait ainsi en une sur le ‘nouveau style du jongleur indien’. ‘Les dix orteils scintillants de Salim, le joueur du Celtic FC venu d’Inde, hypnotisèrent lan foulée massée à Parkhead hier soir. Il pose la balle sur son gros orteil pour la laisser rouler jusqu’au plus petit, puis la faire virevolter et rebondir autour d’un défenseur.’ Hélas pour le Celtic, Salim eut vite fait le mal du pays, et les offres alléchantes de Willie Maley ne réussirent à le convaincre de rester en Ecosse, pas même par un match de gala à son profit qui lui aurait rapporter une somme estimée à £1,800, une véritable petite fortune à l’époque. L’idylle indo-celtique prit donc fin au bout de quelques mois seulement. Bien des années plus tard, le fils de Mohammed Salim reprit contact avec le club de Glasgow et fut surpris de constater que son père n’avait pas été oublié. Les poètes du Celtic le célèbrent toujours.


