Ibrox Disaster (2 janvier 1971)

Désastre de l’Ibrox. J’aimerais que cette expression désigne le concours du pire joueur à avoir foulé la pelouse verte de la Montagne du Serpent. On se gausserait à disserter sur les exploits de Van Vossen, Guivarc’h, Capucho, Ostenstad et autres Jeffers, voire même Barry Ferguson pour le plaisir du chambrage et de la mauvaise foi. Malheureusement, elle désigne une réalité tout autrement tragique : la catastrophe du 2 janvier 1971 à la fin d’un derby glaswégien qui fit soixante-six victimes, sans oublier celle d’avril 1902 (1) lors d’un match entre l’Ecosse et l’Angleterre. Avoir lu ou entendu plusieurs fois dans des média français que le drame était la conséquence de bagarres entre supporteurs des deux rivaux de Glasgow m’a fait mal, car la cause de la tragédie est tout autre. Un stade vétuste, des barrières mal placées sur l’escalier13, par laquelle les fans voulaient sortir pour rejoindre le métro tout proche, des gens qui s’empilent et prennent peur, la panique. Dix ans plus tôt déjà, un mouvement de foule de moindre ampleur avait coûté la vie à deux personnes au même endroit sans qu’aucune mesure de sécurité supplémentaire ne soit décidée. Contrairement à une légende urbaine communément répandue, le drame ne s’est pas produit lorsque des supporteurs de l’équipe de Givan partis avant le coup de sifflet final, dépités par la nouvelle défaite qui se profilait face au Celtic de Jock Stein, avaient rebroussé chemin après l’égalisation de Colin Stein dans les dernières secondes du match.

Parmi les victimes, on pouvait déplorer la présence de plusieurs adolescents, comme ces cinq gamins du Fife, et celle d’un gosse de neuf fans. De nombreux spectateurs quittèrent le stade sans rien savoir de la catastrophe qui avait frappé leurs semblables. Les secours étaient débordés. Les problématiques de sécurité et d’urgence étaient encore à l’état embryonnaire à l’époque. Aucune mesure d’envergure ne serait prise par la suite. Il faudrait attendre une autre catastrophe au sud du mur d’Hadrien, dix-huit ans plus tard. Seul le club de Govan allait rénover son stade de l’Ibrox pour en faire une enceinte moderne sans place debout.

La tragédie rendait caduque pour un temps la rivalité entre les deux clubs, et leurs supporteurs, pourtant si vivace au début des années dix-neuf cent soixante-dix. Jock Stein, le manager légendaire du Celtic, s’était porté volontaire comme improbable brancardier (ci-dessous). Cela ne rend que plus pathétique les tentatives récentes de certains supporteurs du club de Govan se souiller la mémoire du grand homme.

C’était aussi le premier des trois drames dont Kenny Dalglish serait le témoin, avant le Heysel et Hillsborough. Comme sur tous les autres stades écossais, les Bhoys respecteraient une minute de silence à la mémoire des soixante-six victimes, avant le coup d’envoi d’un match à domicile contre Hibernian (ci-dessous). Bizarrement, les Celts n’arboraient pas leurs Hoops, mais un maillot jaune. Il faudrait attendre l’an 2001 pour qu’un monument soit érigé aux abords du stade pour perpétuer le souvenir de l’Ibrox Disaster.

(1) Le 2 avril 1902 se disputait une rencontre entre Ecosse et Angleterre dans le cadre du Championnat des Îles Britanniques, lorsqu’à la cinquantième minute, une partie des gradins de la tribune ouest s’effondra en raison des fortes pluies qu’avait connues Glasgow la nuit précédente. Des centaines de supporteurs firent une chute de plus de dix mètres, vingt-cinq d’entre eux y laissant leur vie.
Pour en savoir un peu plus en anglais, la page de la BBC.
